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De l’émotivité & de la politique

notre-dame-des-landesHier, je me suis rendu à une réunion d’information concernant le futur Aéroport de Notre-Dame des Landes. Je dois avouer que je ne m’étais pas beaucoup intéressé au sujet et que je n’avais fait que le survoler (si vous me passez l’expression).

Etaient présentes de nombreuses personnes touchées plus ou moins directement par l’Aéroport. Certaines physiquement avec les avions qui passent ou risquent de passer au dessus de leurs maisons et d’autres émotionnellement parce que « j’ai décidé que je ferai un aéroport alors vous allez pas essayer de me prouver que c’est une aberration ».

Et pourtant, c’en est une…

 

La preuve en est : la majeure partie des discours étaient basés sur de l’émotivité et le fond n’a pas été réellement remis en cause. Certains ont tenté par quelques prouesses d’équilibristes que seuls nos chers politiciens savent magner avec tant de facilité. Mais là encore, leurs arguments tombant un à un, ce fut la corde sensible qu’ils finirent par tirer. Presque émouvant parfois lorsque le Maire de Rezé, dans un moment d’emportement, a fait voler son écharpe blanche (je vous rassure, il ne l’a pas jeté !) ou quand le président du Conseil Général (Patrick Maréschal) a commencé à bouder parcequ’« ils sont trop méchants à pas vouloir que je fasse mon aéroport ».

Je vais essayer de retranscrire ce que j’ai cru comprendre, une fois le tri fait des mascarades en tout genre dont je ne vous ferai pas le descriptif complet même si certains moments furent un régal quand on prend un minimum de recul.

Bon allez, je ne peux pas résister. Ce n’est pas une mascarade car l’intervention fut pleine de sincérité. Mais l’intervention CGT fut extraordinaire (comme souvent avec la CGT !). On sentait que ce monsieur faisait tout pour rester calme en posant la question des emplois chez Airbus. Il se contenait à l’extrême jusqu’à la réponse de Patrick Maréschal. Et là… c’est le drame. Trop tard, il ne pouvait plus. Il fallait que ça sorte. Devoir parler près de trois minutes sans mégaphone, devoir poser un discours calme sans rester dans les carcans syndicalistes, c’était trop dur… Ce fut des cris à travers la salle. On commence à se tutoyer. C’est pas allé jusqu’aux insultes. Un beau bazar par contre. Quel dommage, la question était réellement pertinente.

Mais bon, essayons de parler du fond et de ne pas tomber dans une moquerie facile (désolé, parfois je n’arrive pas à me tenir !)

Donc, la problématique est la suivante : Faut-il construire un nouvel aéroport à Notre Dame des Landes, charmante petite ville au demeurant ?

La question se pose depuis les années 60. Et au fur et à mesure des années, les arguments se sont succédés pour expliquer pourquoi Nantes devait se doter d’un nouvel aéroport. Car, j’ai oublié de la préciser, nous avons déjà un aéroport international. Celui de Nantes Atlantique.

Les arguments furent les suivants : pour urbaniser le sud de Nantes, pour airbus, pour déplacer le CHU ( ???), pour éviter une saturation face au contexte aérien, pour plus de sécurité, etc…

Concernant la saturation de l’aéroport, il semblerait que nous ayons encore de la marge puisque, malgré une capacité de 4 millions de passagers, le nombre de voyageur atteint difficilement le plafond de 2.5 millions. Et ce, malgré les compagnies low-cost qui ont fait s’envoler le nombre de voyageur en optimisant le remplissage des avions. Mais pas le nombre de vol par contre, qui reste le même depuis 10 ans avec environs 37 000 mouvements par an. Dans ce cadre, une seule piste suffit. Piste qui existe déjà à Nantes Atlantique. Et dans le cas où l’Aéroport Nantes Atlantique serait saturé, ne pouvons-nous pas nous appuyer sur d’autres aéroports de la région qui ne le sont pas (Angers, Ancenis, etc…) ?

Je ne vais pas tomber dans l’argument facile consistant à dire que d’ici à ce que l’aéroport soit réellement en vitesse de croisière (9 millions de passagers seraient prévus en 2050 avec le nouvel aéroport), nous n’aurons plus les ressources pour faire voler les dits-avions.

Par contre, je peux me permettre de reprendre les chiffres et le trafic aérien dans les dix prochaines années ne risque pas d’augmenter de plus de 2%. Rapide calcul : 2.5 millions de passagers actuels multipliés par 2%... A quoi bon faire le calcul en fait ! Surtout que le trafic aérien va connaître des changements car les compagnies low-cost ne vont pas pouvoir subsister éternellement grâce aux deniers publics.

Concernant Airbus, la construction de l’aéroport à Notre Dame des Landes entrainerait une fermeture de Nantes Atlantique et, on peut se permettre de le penser même si une lettre semble attester le contraire, la délocalisation d’Airbus. L’équation est simple : pas de piste, pas d’airbus. Pas d’airbus, perte d’emplois.

D’ailleurs, la construction du nouvel aéroport permettrait de créer 4000 emplois sur trois ans. Alors prenons la calculatrice… 4000 emplois… trois ans… au smic …. Budget = 432 millions d’euros. Or le budget annoncé pour la création du nouvel aéroport n’est que de 581 millions. Ca fait pas cher les matériaux. Surtout pour un aéroport qui serait HQE !!

Et l’aménagement du territoire ? C’est un paramètre important à ne pas oublier. En effet, construire un aéroport d’une superficie démentielle avec deux pistes permettrait de raser bocage, de supprimer un grand nombre de champs. En même temps, a-t-on réellement besoin d’une agriculture de proximité ? Les Amap, ça ne marche pas du tout !! Et puis, autant acheter des produits qui viennent de l’étranger, en avion, ça fera tourner l’aéroport !!
J’ai aussi appris l’existence d’un autre projet attenant à l’aéroport de Notre Dame : la création d’un « super périphérique » pour accéder à l’aéroport (adieu Chateaubriand !!).
Une autre aberration (décidemment, il revient souvent ce mot là), c’est la non cohérence avec la politique mise en place par Air France qui consiste à privilégier le ferroviaire si on se trouve à moins de 3h d'un hub. Or, Nantes est à moins de trois heures de Paris.

Une aberration écologique

Le Grenelle comme vous le savez sûrement ne souhaite pas la création de nouveaux aéroports. Or, dans le cas de Notre Dame des Landes, il n’y aurait pas de souci car c’est un « transfert ». Comme quoi, les mots sont importants. 
D’un point de vue écologique, il faut reconnaître une chose : on souhaite construire le nouvel aéroport en HQE. C’est bien. Mais l’empreinte écologique de la construction d’un nouvel aéroport face à l’aménagement d’un aéroport existant, même en HQE, est-elle réellement plus faible ? Comme l’a dit l’un des participants : « construisons des routes HQE, ce sera écolo !! ».

Sécurité :
L’argument était le suivant : on ne peut pas garder Nantes Atlantique car c’est dangereux de passer au dessus de Nantes si on utilise les méthodes d’atterrissage les plus modernes. Ces systèmes beaucoup plus automatisés « remplacent » les pilotes et il faut reconnaître qu’on ne peut pas avoir confiance dans les pilotes! C’est des beaux gosses et l’uniforme, ça marche super bien sur nos compagnes !! … Sans rire, des villes comme Los Angeles (12 millions d’habitants) sont survolées en permanence par des avions, des villes comme Nice, ont des aéroports de catégorie B (c'est-à-dire reconnus comme dangereux) ce qui n’est pas le cas de Nantes Atlantique (comme 97% des aéroports français qui sont sans spécificité ni recommandation). Et on nous dit que c’est dangereux, que les avions vont se mettre les uns derrières les autres dans la tour de Bretagne. Et pourquoi pas une attaque de Godzilla sur Nantes tant qu’on y est ou un singe énorme qui monterait en haut de la tour de bretagne en se tapant sur le torse ?
Mais ne nous égarons pas. Si le problème consiste uniquement au survol de Nantes, il suffit, comme c'est proposé depuis longtemps, d'ajouter une deuxième piste à Nantes Atlantique. Projet tout à fait réalisable, mais dont l’étude n’a jamais été menée. Cette deuxième piste, perpendiculaire à la première, permettrait d’éviter Nantes et le couloir aérien utilisé aurait moins d’impact sur les habitants de la métropole. 

La soirée a durée longtemps alors qu’elle aurait pu être simplifiée à la simple remarque de Gilles Deniguot : « Ne peut-on pas demander à l’état de faire une étude concernant l’aménagement de Nantes Atlantique afin de prendre une décision sur des faits ? ». Nous avons la chance d’avoir un aéroport actuellement proche du centre ville, auquel nous pourrions accéder en train (si la ligne n’avait pas été fermée pour inciter à prendre la voiture et remplir les parcmètres). Un aménagement de cet aéroport est réalisable pour un impact économique, écologique et social moindre. J’attends avec impatience la réponse car elle n’a pas été donnée hier soir…

Plus d’info sur
Le site de Notre Dame des landes

Collectif d'Elus doutant de la pertinence de l'aéroport

Tags aéroport - écologie - nantes
 

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